« L’immigration est notre richesse », proclame le NPA.  « Stop à la submersion migratoire ! », riposte le FN.  Peut-on penser la question migratoire sans manichéisme ?  Galaad Wilgos, rédacteur en chef du Cercle du Libre Examen à Bruxelles, apporte une réponse socialiste, à la fois révolutionnaire et décroissante.

LE GRAND DÉCLASSEMENT

Comme il s’agirait d’être « pour » ou « contre » la famille, « pour » ou « contre » la sécurité, il faudrait se positionner « pour » ou « contre » l’immigration. Les caricatures de tous bords se renvoient chacune les traits grossis de l’autre. D’un côté, un angélisme irresponsable, de l’autre une hypocrite xénophobie. « Les immigrés rapportent plus qu’ils ne coûtent » calcule Attali, tandis que le businessman Félix Marquardt appelle les jeunes Français à aller s’enrichir ailleurs. Féroce sur l’étranger sans pécule, insoucieuse de l’accueil décent des réfugiés, la droite obsidionale veut ériger des murs à l’américaine au même moment où le capitalisme qu’elle défend ravage les pays étrangers, ouvre les frontières économiques et permet tant l’immigration d’une main d’œuvre peu chère que l’émigration fiscale des dominants. C’est contre cette double impasse qu’une vision socialiste révolutionnaire et décroissante doit proposer de nouvelles solutions. En commençant par opérer une critique, non pas de l’immigration en elle-même, phénomène global, épineux, douloureux, mais de l’immigrationnisme.

L’immigrationnisme, c’est-à-dire l’idéologie valorisant et utilisant les flux migratoires, a selon nous toujours été l’ennemi des classes populaires. De 1929 à 2008, des Raisins de la colère (roman de Steinbeck racontant l’exil contraint subi par une famille de petits paysans américains pendant la Grande Dépression) au rapport Attali (commandé par Sarkozy pour relancer la croissance), tout indique que le capitalisme ne peut fonctionner sans une main d’œuvre mobile, malléable et mal payée. Pompidou, déjà, disait en septembre 1963 que « l’immigration est un moyen de créer une certaine détente sur le marché du travail et de résister à la pression sociale ». De fait, l’immigration est depuis le début de l’ère industrielle un moyen de faire pression vers le bas sur les revenus, mais aussi un moyen de briser les luttes populaires en s’appuyant sur un prolétariat déclassé et dépolitisé.

La suite est dans le numéro 2 de Limite.